Haïti-santé: Insuffisance rénale, ce fléau qui décime dans l’ombre des centaines d’Haïtiens.

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dialyseAu moins six (6)  personnes sont testées positives par mois de l’insuffisance Rénale en Haïti. Des chiffres confirmés par le Néphrologue Audie Métayer, directeur de la seule  unité de dialyse publique  dont dispose le pays. Dans la majorité des cas, Cette pathologie a toujours eu raison des malades.

Les traitements de l’insuffisance rénale chronique (IRC), notamment très onéreux au niveau des institutions  privées ne sont pas très abordables. Le patient dont les conditions de vie laissent  déjà à désirer meurent faute de traitement. Ici en Haïti, il ne fait l’ombre de doute que l’insuffisance rénale continue de broyer des vie à un rythme alarmant. 

Derlie Pierre-Ville,25 ans, habite à Delmas ; commune située au  nord de Port-au-Prince. La native de Jacmel a eu la douloureuse surprise de sa vie quand lors d’une visite médicale chez son médecin et après maintes analyses a appris qu’elle est diagnostiquée d’une insuffisance rénale chronique.

”Mon visage ,mes pieds enflaient, j’essoufflais sans arrêt, je me suis rendue à l’Hôpital, le docteur m’a dit que je suis hypertendue”, rapporte en sanglots Derlie.

En fait ,une tension artérielle non-contrôlée est à l’origine de sa pathologie.

Depuis lors, Derlie  lutte de toutes ses forces pour survivre face à cette  maladie .

Son seul recours demeure la dialyse. Cette dernière est une technique médicale permettant  de filtrer le sang  d’une personne atteinte de l’insuffisance rénale en phase avancée. La vie de Derlie ne tient qu’à ces séances.

Un malade doit réaliser au moins 8 séances de dialyse par mois. Sans ce traitement ,le patient ne pourra pas survivre. Or ,pour une population de près de 11 millions d’Habitants, le pays ne dispose que de quatre centres de traitement dont un seul du secteur public de santé.

Derlie Pierre explique qu’on a besoin de deux cent dollars américains pour réaliser une séance de dialyse dans un centre de santé privé.”Alorsqu’au niveau de l’unité de dialyse de l’hôpital de l’université d’Etat D’Haïti, (hôpital public) on réclame un frais d’à peu près quatre mille cinq cents gourdes.

Par ailleurs ,pour sa survie, Derlie  rêve de trouver un meilleur emploi dans le but de couvrir les frais de son traitement .

Mais le marché du travail ne lui sourit pas car ici en Haïti, Il est rare d’obtenir un emploi sans expérience. De plus , sa maladie constitue un obstacle à toute possibilité d’embauche.

N’ayant d’autre alternative, Derlie Pierre-ville ne cesse de demander constamment de l’aide de certains membres de sa famille ou de proches qui ont les moyens afin de poursuivre ses séances de dialyse.

Derlie n’est pas la seule comme beaucoup d’haïtiens à vivre ce cauchemar. Madame Limon St-Hubert est âgée d’une quarantaine d’années. Deux fois par semaine ,elle est obligée de faire, dans les deux sens, le trajet Cap-Haïtien – Port-au-Prince. Depuis trois mois, elle souffre d’insuffisance rénale. Depuis, cette ancienne employée d’une banque privée de la ville du Cap,  a été remerciée du fait qu’elle doit se déplacer deux fois par semaine  dans la capitale. Se sentant à maintes fois humiliée, et désespérée, fort souvent,  n’était-ce la solidarité de plusieurs membres de sa famille et amis, elle se serait déjà suicidée.

Hypertension, première cause  de l’insuffisance rénale.

Docteur Audie Métayer est sans équivoque : Les haïtiens consomment trop de sel. Le néphrologue affirme qu’en Haïti, on mange autour  de 24 grammes de sel par jour.

Or la quantité recommandée ne dépasse pas 6 grammes, précise le spécialiste de la maladie des reins.

Selon le médecin, la consommation excessive de sel provoque une montée de  tension arterielle.

Et de dire que l’hypertension va affecter directement les reins.

‘’Beaucoup de gens meurent des problèmes rénaux à travers les régions reculées. Ces décès sont liés notamment à l’absence d’infrastructures sanitaires adéquates. D’ailleurs, en région,plus de 70% des malades en raison d’une insuffisance rénale meurent faute de soins ,mentionne le spécialiste de la maladie des reins, appelant à la mise en œuvre d’une politique publique susceptible de faciliter la prise en charge et de prévenir la maladie.”

La commission santé de la chambre des députés préoccupée…

Sinal Bertrand, président de la commission santé de la chambre des députés, salue les efforts du ministère de la santé publique  ayant installé  six (6) nouveaux appareils à l’unité de dialyse de l’hôpital d’Etat  .Ces machines  vont  permettre à plus de malades de se faire dialyser. Toutefois, le parlementaire  n’est pas au bout de sa satisfaction. Le représentant de Port-salut (Sud, Haïti), plaide en faveur de l’ouverture de nouveaux centres de traitement dans les zones reculées du pays.

Le ministre de la santé publique et de la population (MSSP), lui aussi, partage largement les  préoccupations exprimées par le député Sinal Bertrand. Le Docteur Daphnée Benoit Delsoin n’entend pas rester insensible face à cette situation pour le moins alarmante. Un nouveau  centre de traitement de dialyse devrait être opérationnel à partir  du mois de Décembre 2016 ,à l’hôpital public Justinien du cap haïtien,  ( près de 200 km au nord de Port-au-Prince), annonce la responsable du système de santé Haïtien.

A date, il est difficile de confirmer avec certitude le taux de mortalité associé à l’insuffisance rénale. Déficience ou manque de centres spécialisés pour prendre les patients en charge, très peu de néphrologues pour une population de plus de 10 millions d’habitants,  absence de sensibilisation sur la maladie .Certains spécialistes  craignent que l’insuffisance rénale ne devienne le problème de santé majeur, considérant le rythme avec lequel elle affecte toutes les couches de la population.

Entre temps Derlie et Madame St-Hubert, couchées côte à côte pour une séance de dialyse se demandent  avec inquiétude pour combien de temps, elles pourront vivre ce calvaire  si jamais,  le secteur privé associé au secteur public ne reconnaissent pas la dimension de ce tueur silencieux  qui continue d’endeuiller des familles entières.

Jean Allens Macajoux

 

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