Edito du Mercredi 8 Juillet 2015

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Le piano et le tambour…

 

Le piano et le tambourSymphonie de betthoven, requiem de Schubert, alleluia de Haendel, le bon, la brute et le truand de Enio Morricone, rencontre de Paul Moria, odyssée de Yanni, nous venons de citer quelques noms de grands compositeurs, grands musiciens encensés par les critiques; dans les orchestres dirigés par ces grands maestros, il y a des violons, des violoncelles, des cors, des hautbois, des guitares, des pianos. Des instruments de musique fabriqués pour accompagner nos textes mis en chanson, ou simplement pour des compositions instrumentales ; les percussions, avec le temps, sont venues s’ajouter à la liste pour soutenir le rythme.

Avec la colonisation, les instruments de musique des esclaves, tels le lambi, le tambour, les maracas, communément appelé (tcha tcha) étaient bannis, ils étaient considérés comme des instruments du diable, dont le son, les échos transmettaient des messages sataniques ou invoquaient des divinités maléfiques. Tous ces instruments autochtones, locaux ont été détruits au nom du Dieu des colons; le tambour à été longtemps stigmatisé. Ce n’est qu’avec l’avènement du clergé indigène dans l’église catholique qu’on a introduit le tambour dans les liturgies; avez-vous déjà assisté à une messe, une cérémonie religieuse chrétienne animée uniquement par des tambours?

Pourtant, encore aujourd’hui les parents haïtiens inscrivent leurs enfants à des cours de piano, de violons, de guitares et non à des cours de tambour; c’est avec fierté que nous faisons de la place dans nos salons pour installer un piano à queue, cependant il est rare pour ne pas dire jamais de voir un ou deux tambours dans une maison, voire exposés dans un salon; la colonisation est comme un tatouage, difficile à enlever, à effacer. Hier alors que l’équipe nationale de football entamait la coupe d’or aux USA contre le Panama, sur la route de Delmas, des drapeaux aux couleurs du Brésil flottaient encore.

Nous n’avions pas appris l’amour de la patrie, nous n’avions pas de sentiment d’appartenance, voilà pourquoi personne ne fait confiance aux hommes politiques, voilà pourquoi les élections de 2015 laissent la grande majorité de la population indifférente ; le son du tambour trop longtemps méprisé, ignoré ne nous envoie plus de message, ou du moins, nous sommes restés sourds à l’appel du tambour pour d’autres voix, d’autres mélodies qui nous divisent, nous éloignent loin des rives, loin des cotes, loin des familles créoles, loin de chez nous.

Nous ne pouvons pas vous dire qui voter, cependant nous pouvons vous dire qui ne pas voter; demain 9 juillet c’est le début de la campagne électorale pour les législatives, nous allons enfin savoir qui joue du piano et qui joue du tambour, c’est à dire qui est authentique et qui en tant que loup se cache sous le masque d’un mouton pour mieux tromper, mieux piller. Êtes-vous piano ou tambour?

Daniel Raphaël Th.  – Galaxie

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