L’international pèse de tout son poids

Dans ce débat sur la reconstruction d’Haïti, la voix de la communauté internationale résonne très fort, de manière telle que toute tentative de sa comparaison à celle des autorités haïtiennes parait difficile.

Reconstruire Haïti : seule la communauté internationale semble détenir le secret. Son engagement en ce sens est des plus remarquables. D’ailleurs, depuis le 12 janvier, c’est elle qui assure tout ou presque : aide à la population sinistrée, coordination de cette aide, secours au gouvernement. Et quand au dossier de la reconstruction, elle est encore au cœur des initiatives. Des visites de hauts dignitaires internationaux ; des colloques qui ne cessent de se multiplier ; des promesses de part et d’autre, autant d’éléments qui témoignent de l’intérêt et de la place que veut occuper la communauté internationale dans la reconstruction du pays.


Dans cette optique, elle semble être sur de bonnes voies. Déjà dans les discussions, son apport sonne comme une évidence. Qu’il s’agisse de la réunion avec la diaspora haïtienne ; du colloque de Montréal et de la rencontre prévue à Saint-Domingue, l’influence de la communauté internationale est grandissante. Et que dire de la conférence des bailleurs à New York le 31 mars prochain ? C’est encore elle. C’est donc sous l’égide des États-Unis et des Nations unies que ces discussions doivent avoir lieu, mais c’est l’administration américaine qui a pris le leadership. La France espérait que l’Onu serait plus dans le jeu grâce à Bill Clinton, chargé de la reconstruction d’Haïti par l’organisation mondiale. À cette conférence des donateurs à New York, l’exécutif de l’Union européenne et l’Espagne devraient  proposer un projet d’aide efficace à Haïti. À rappeler que la Commission européenne avait approuvé le mois dernier la décision de l’UE d’octroyer en urgence 100 millions sur les 300 millions d’euros alloués à Haïti. Cet argent est destiné à remettre en état les bâtiments gouvernementaux et les routes, à assurer le versement des salaires et à fournir une aide technique au pays.


Cette détermination affichée au profit de la cause haïtienne, donne l’impression d’une véritable course diplomatique dans laquelle, les États-Unis, la France, le Canada se retrouvent engagés. Plusieurs spécialistes en  relations internationales et de nombreux articles de presse ont déjà fait état de cette réalité que ces puissances feignent d’ignorer.


Selon certaines informations, les États-Unis et la France auraient, quand à eux, soumis au président de la république leur propre plan de reconstruction. Le journal américain El Nuevo Herald avait rapporté dans une édition du mois dernier que l’équipe de Barack Obama avait discrètement concocté un plan de reconstruction d’Haïti. Conçu par le département d’État, ce plan aurait été présenté au président René Préval lors de la dernière visite en Haïti de l’ancien président américain Bill Clinton, notait le journal américain. Au cours des discussions entre les deux hommes à la maison blanche cette semaine, ce sujet semble ne pas avoir été à l’ordre du jour puisque aucune information disponible n’en n’a  fait état.


Quand à l’ancienne métropole, son président français Nicolas Sarkozy, ne veut pas rester sur le banc de touche et assister de loin. Il aurait lui aussi soumis, lors de sa visite à Port-au-Prince, le 17 février dernier, un plan de reconstruction d’Haïti aux officiels haïtiens. Une « proposition cohérente avec les axes de reconstruction, tels qu’ils émergent d’ores et déjà » dans les discussions internationales, croit-on savoir.


Le Canada, qui abrite une forte communauté haïtienne, est aussi très actif. La visite de deux jours, 15 et 16 février dernier de son Premier ministre Stephen Harper et celle de son gouverneur général Michaëlle Jean cette semaine, expriment cet intérêt.


Déjà un mois après le séisme, le chef du Bloc Québécois, Gilles Duceppe, avait exigé du Canada qu’il propose et contribue à définir, à financer et à mettre en œuvre un plan de reconstruction d’Haïti : « Haïti a besoin d’un nouveau plan Marshall, avec des ressources financières importantes, une volonté de long terme et un engagement sans faille de la communauté internationale. Avec d’autres, les Québécois doivent être en première ligne. Notre tâche à nous consiste aussi à faire des propositions constructives et à insister sans relâche, mois après mois, année après année, pour que l’effort de reconstruction soit mené à terme, de façon systématique, jusqu’au bout », avait lancé Gilles Duceppe, à l’occasion de l’ouverture du caucus du Bloc Québécois, peu avant la rencontre de Montréal le 25 janvier dernier.


Preuve de générosité de la  communauté internationale à l’égard d’Haïti, diraient plus d’un, mais pas Himmler Rébu, leader du Grand rassemblement pour l’évolution d’Haïti (Greh) qui se questionne sur l’enthousiasme de cette dernière. « Cette communauté internationale entre dans le débat avec des attitudes suscitant de sérieuses interrogations. Le massif positionnement militaire des États-Unis ; la sourde querelle entre la nation étoilée et les anciens maîtres de la colonie de Saint-Domingue fait croire à des intérêts autrement plus sérieux que le simple désir d’aider », écrit-il dans un texte de proposition de plan de reconstruction.